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versión impresa ISSN 1012-1587
Opcion v.23 n.52 Maracaibo ene. 2007
La primera relación sexual en Venezuela*
Charlotte Letellier
L´Université de Caen-Basse Normandie. charlotteletellier@hotmail.com
Resumen
La universalidad de las prohibiciones y la semejanza de una sociedad a otra, sugieren que toda codificación cultural esta asentada sobre una diferenciación sexual de los roles y funciones del hombre y la mujer. No existe sociedad que haya conocido moral sexual fija, al contrario, esta cambia según las circunstancias históricas. Cada individuo está sometido a su cultura que auto reproduce sin darse cuenta. Desde los inicios en la sexualidad hasta la sexualidad adulta y activa, los individuos reaccionan según los roles y marcos sociales que conforman su especificidad. La iniciación sexual es muy ritualizada en Venezuela, contiene en ella el honor de la familia y el estatuto social del individuo. En Francia, es personal y privada, concierne únicamente al individuo. A pesar de todo, es un pasaje obligado que es vivido como acto de amor o acto iniciativo. La primera relación sexual determinará en parte el giro que tomará la sexualidad adulta. Veremos que según el género y la clase social, las condiciones de advenimiento de la primera relación sexual observan esquemas diferentes.
Palabras clave: Relaciones sexuales, roles sociales, rituales, funciones sociales.
Recibido: 06 de noviembre de 2006 Aceptado: 23 de marzo de 2007
The First Sexual Relation in Venezuela
Abstract
The universality of interdictions and the almost similarity from one society to another suggest that cultural codes are sexually distinct based on roles and functions of man and woman. Not a single society has known a fixed sexual morality which on the contrary seems to change regarding historical circumstances. Every individual is subject to his or her culture which he or her auto reproduces without realizing it. From the first steps into sexuality to an adult and active sexual life, individuals react regarding their specific roles and social frames. Sexual initiation is much ritualized in Venezuela and contains familys honour as well as the social status of the individual. In France, its personal and private and only concerns the individual. Despite all this, the first sexual experience is an obliged passage experienced as a love act or as an initiation act. We shall see that depending on gender and social class, the conditions of the first sexual experiences advent follow different schemes.
Key words:
Sexual relations, social functions, rituals, social functions.
INTRODUCTION
La polyphonie des discours sur la sexualité provient de différentes sources comme la psychiatrie, le droit ou la religion. Toutes ces pensées ont tissé limaginaire social dans lhistoire de loccident.
Dès lenfance, la sexualité est construite avec ses interdits et ses tabous. En ce sens, on saperçoit que les individus sont façonnés pour sauto reproduire dans la division sexuelle du travail et dans le système de parenté afin d y agir en hommes et en femmes.
Lentrée dans la sexualité adulte par le premier rapport sexuel est déterminante pour la vie sexuelle à venir. Quelles représentations et quelles motivations permettent à lindividu de « franchir le pas ». Plus quun cap à passer, le premier rapport est en soi un rite de passage vers la vie adulte et pourquoi pas la parentalité. «On noublie pas le premier rapport. Il fait partie de ces évènements qui simpriment profondément dans la mémoire des individus car ils marquent un passage et semblent annoncer tout un destin» (BOZON, 1993).
Ce premier rapport ne sera pas ressenti de manière similaire suivant la culture et la société et suivant le sexe. Les conditions davènement et de réalisation du premier rapport sont-ils les mêmes en France et au Venezuela?
1. LE PREMIER RAPPORT SEXUEL: UN RITE INITIATIQUE ET UNE PREUVE DAMOUR
Dans la continuité de larticle de Didier Le Gall dans la revue vénézuélienne Opción traitant des premiers rapports sexuels en France, nous analyserons grâce à une recherche qualitative les conditions davènement des premiers rapports sexuels au Venezuela afin de prendre en considération que loin dêtre un acte universel il est bien davantage un acte culturel.
Ce qui est ressenti lors de la première relation est propre à chacun mais deux sentiments centraux sont discernables : la preuve damour ou lacte initiatique. On remarque aussi que la manière de raconter et denvisager le premier rapport est changeante selon que lon soit un garçon ou une fille dans le sens où chacun a un rôle social à respecter. Les hommes insisteraient davantage sur leur virilité et les femmes sur la preuve damour.
A. Un rapport sexuel conditionné par les normes sociales
Linitiation sexuelle en France se vit daprès plusieurs études réalisées sur le sujet et notamment celle de Didier Le Gall plus ou moins au même âge pour les garçons et pour les filles ; en revanche dans létude de Bozon, linitiation féminine reste plus tardive chez les filles que chez les garçons dans les pays du sud de lEurope et au Brésil. (BOZON, 1996) Ce premier rapport demeure un seuil attendu mais toujours redouté au Brésil. Linitiation sexuelle est déterminante ; elle donne le statut dhomme. Dans cette société machiste, limportance daffirmer sa masculinité est primordiale. Cest ainsi que certains jeunes vivent leur premier rapport sexuel avec des prostituées ou des employées domestiques qui ont le rôle dinitiatrice.
Pour la femme quant à elle, limportance de la virginité demeure primordiale dans cette société latino-américaine car elle est une valeur déchange pour la famille: «La préservation de lhonneur de la famille passe traditionnellement par la préservation de la virginité des filles avant le mariage. Le contrôle parental vise à prévenir un déshonneur possible. La virginité est ici une valeur sociale plus que morale» (BOZON, 1996).
De manière récurrente, Bozon observe que les femmes cherchent lhomme de leur vie, alors que les hommes ne sont pas prêts à sinvestir dans une relation. Pour eux vouloir une relation durable et stable narrivera quaprès une certaine maturation sociale.
Le lieu, lâge, le poids de la morale et le genre sont autant de paramètres qui font que la première expérience sexuelle ne sera pas vécue de manière similaire dune société à lautre et dun sexe à lautre.
On peut alors supposer quau Venezuela les conditions davènements, le vécu et les formes de narration seront significativement différentes de celles de la France, ce qui illustre bien que le premier rapport nest ni universel, ni intemporel et, quau-delà de certaines similitudes, cet acte en lui-même est conditionné par la culture.
Le premier rapport sexuel est un rite de passage de manière universelle, mais sa signification et ses conditions davènement changent dune société à lautre. Nous savons que léducation de lécole et des parents, ainsi que la religion, sont des facteurs qui conditionnent les individus dans certains schémas de pensée, qui diffèrent selon la culture.
Une double morale existe toujours : dun côté, les hommes ont la liberté dexercer leur sexualité comme ils lentendent, et dun autre côté, les femmes sont limitées à exercer leur sexualité dans le seul cadre de la procréation.
« [...] En la mayoría de los países de America Latina aún se mantiene mensajes de doble moral en relación con la sexualidad. Por un lado, se toleran y facilitan las relaciones prematrimoniales para los varones mientras se prohíben y condenan en el caso de las mujeres. El valor que se da a la virginidad es alto ; en gran medida todavía se considera que es el hombre quien debe tomar las decisiones con respecto al ejercicio de la sexualidad y al número de hijos» (Y. RODRIGUEZ MARTINEZ, 2000). Une fois de plus, la réalité sociale reflète linégalité vécue aussi dans la sexualité.
B. Le premier rapport selon le genre et la classe sociale.
Notre échantillon nous permet dobserver que lâge moyen est différent selon le sexe; de presque 19 ans pour les femmes et de 15 ans pour les hommes.
Si lon répartit ces moyennes selon la classe sociale, là encore les écarts se creusent:
Pour les femmes de classe moyenne, lâge au premier rapport est de 21 ans, pour celles de classe populaire il est de 17 ans. Quant aux hommes, ceux de classe moyenne ont une moyenne de 15.5 ans et ceux de classe populaire de 15.1ans.
Les hommes eux, quelle que soit la classe sociale, semblent vivre cette relation aux mêmes âges.
Lentrée dans la sexualité adulte ne véhicule pas des enjeux similaires selon le sexe; lhomme doit affirmer sa masculinité tôt, tandis que la femme doit préserver sa valeur déchange: sa virginité.
Hommes et femmes connaissent une initiation sexuelle différente. Les femmes vivent leur première relation avec des partenaires qui ont inéluctablement de lexpérience.
On semble confirmer les remarques de Bozon : « linitiateur ou linitiatrice, pour chaque sexe reste donc une personne qui a un peu plus dexpérience que lintéressé(e). La transition à la sexualité adulte seffectue plus facilement avec un partenaire averti» (BOZON, 1993).
C. Entre imaginaire et réalité
Mais entre le vécu et ce que lon avait imaginé, il existe parfois des désillusions. Un des hommes de classe moyenne a été emmené par ses oncles chez une prostituée pour quil affirme sa masculinité et devienne enfin un homme. Wilson raconte: « no era la manera como tenía que ser. Tenía que ser algo más sentimental que emocional».
Alejandra, elle aussi est déçue par son premier rapport, sexprime: « me molestó no tanto el dolor sino la molestía de algo que, claro, uno ve en las películas que es tan bonito que le entrega y que no fue así».
De lidée que lon sen fait au ressenti dans la réalité, le premier rapport nest pas toujours à la hauteur des espérances surtout quau Venezuela, il implique des enjeux décisifs pour la suite de la vie sociale. Pour les femmes par exemple, il met en jeu leur virginité, valeur et honneur de la famille.
Les femmes, elles, ne font jamais allusion à leur jouissance par contre les hommes y font référence mais très brièvement: Frank déclare « no me sentí mal » ou Wilson raconte: « bueno, eso pasó y eso fue ». Souvent on saperçoit que les premières fois sont décevantes au regard des espérances.
D. Limportance de la virginité féminine
Toutes les femmes interrogées déclarent que la virginité est une valeur importante pour une femme au Venezuela. Ginger explique: « fui virgen a mi matrimonio a través de esta orientación porque yo lo decidí, yo lo veía como en realidad, en Venezuela se ve como un tabú, yo no lo veía de este punto de vista pero me decía : bueno estamos en Venezuela, actuamos como en Venezuela. » Cette femme de classe moyenne a vécu plusieurs années en Hollande, cela lui permet davoir un certain regard critique envers son pays dorigine. Elle est consciente quune morale sexuelle forte pèse sur les femmes. Cette valeur chrétienne est une valeur déchange qui met aussi en jeu lhonneur familial. Les enjeux sociaux sont donc conséquents, lacte sexuel nest pas un acte individuel et intime, il véhicule des enjeux beaucoup plus lourds quant au statut social que lon aura par la suite. Lidée de devoir et dobligation ressort de ses paroles. Etre une femme dhonneur que lon distingue de la prostituée, ça veut dire être vierge pour son mari. Cet enjeu social est récurrent dans les témoignages, Claudia avoue: «es muy bonito llegar virgen al matrimonio. Eso era lo que quería pero no se me dió [...] Nunca le he dicho que tenía experiencia. Le he dicho que era señorita y todavia lo cree. Para él era importante y a mí me daba miedo».
La virginité est importante pour les femmes mais aussi pour les hommes. Elle est signe de pureté et de respect dans une société très machiste. Bozon expliquait que pour ces sociétés il existe deux sortes de femmes : la mère, pure et honorable dont les femmes aimées sont le reflet et la putain qui soffre à qui peut la prendre. Lhonneur de la famille est donc remis en cause par les attitudes de la jeune fille et elle est aussi une valeur déchange. Même si Ginger nadhérait pas à ces convictions elle les a respectées car elle a préservé son avenir. Les mentalités changent dans les discours mais dans les faits la virginité demeure une valeur à observer.
Les cadres sociaux sont donc très structurés selon le sexe de lindividu. Ce dernier ne peut évoluer comme il le veut dans la société et encore moins dans sa sexualité. Il doit suivre certains schémas. Ce poids des normes sociales ne permet pas toujours de profiter pleinement de sa sexualité. La notion de plaisir est très relative, peu dindividus ont exprimé leur jouissance et leur satisfaction.
2. LES CONDITIONS DAVÈNEMENTS DU PREMIER RAPPORT SEXUEL DES HOMMES
A. Les hommes des classes populaires et les prostituées
Le rapport sexuel est très individualisé ; la femme est instrumentalisée ; il sagit dune relation purement sexuelle. Le souvenir de cette relation résonne davantage comme un passage obligatoire dont il faut sacquitter pour confirmer son sexe. Wilson parle de sa relation avec une prostituée à lâge de 16 ans comme un rite de passage inévitable: « Pasó y eso fue [ ], bueno después venía la cosa del amor». Relation sentimentale et premier rapport sexuel sont dissociés. Il y a dabord lacte sexuel initiatique puis ensuite les relations amoureuses.
Ce passage obligatoire seffectue selon certains schémas. Premièrement la famille ou des copains eux aussi de sexe masculin jouent un rôle important dans le « dépucelage » des jeunes hommes.
Dans la majorité des cas, un membre de la famille masculin et plus âgé emmènera le garçon devenir un homme. Wilson continue son récit: «me llevaron mis tíos. Me metieron al cuarto con la mujer esa » ou encore Carlos précise: «La muchacha era mayor, bastante mayor, y no buena supuestamente mi cuñado la pagó». Le «dépucelage» reste une histoire de famille. Ici les oncles ou le beau-frère payent la prostituée pour être sur que le jeune garçon fera son devoir et saffirmera en tant quhomme. Le regard de la famille est lourd et contraint le garçon à répéter le rituel même si visiblement les souvenirs que les prostituées ont laissés ne sont pas des meilleurs.
Quand aucun membre de la famille ne sest chargé de cette tâche, le jeune homme sort avec des copains, va faire la fête et finit en allant payer des relations sexuelles avec des prostituées: «fuimos varios compañeros de trabajo y bueno terminamos con mujeres de la vida alegre como decimos en Maracaibo» nous confie Miguel.
Cest un rite de passage, un rite initiatique qui permet aux garçons devenus hommes daccéder à des relations plus sérieuses. Par la suite la relation sentimentale est envisageable. Le fait davoir possédé une femme donne droit den avoir une à soi. Mais pour ces hommes, si cette première relation sexuelle marque, elle ne reste pas toujours un bon souvenir.
Cette première relation loin d avoir était satisfaisante a souvent été impressionnante et angoissante. Carlos explique que lui aussi était impressionné:
«cuando lleguamos la mujer estaba en la casa, la broma, yo estaba más nervioso de lo que iba a salir. Entré al cuarto, la veo tan desnuda, sin nada, me puse nervioso, quería salir, me voy a salir pero ella me agarró, empezó a subirme y¿puedo decir todo eso?...Bueno me pasaron los nervios cuando empezó a acariciarme. Bueno, pasó que no podía entrar, me quedaba afuera, me decía, vamos, vamos vamos, bueno Lo hice pero la primera vez no la sentí tan importante. Después me conseguí una muchacha que no era mala porque ella era novia mía. Y pasó normalmente».
Ce premier rapport purement sexuel où la femme est complètement instrumentalisée, dénuée de tout sentiment renvoie au jeune homme limage dune relation sale et froide. Ils ne connaissent rien de cette femme, elle na pas dêtre en elle, elle est un objet au service des désirs masculins et elle fait partie des mauvaises femmes. Ce non-être renvoie les hommes à leur vide. La relation est souvent laborieuse car la plupart du temps ils néprouvent aucune attirance physique envers leur partenaire.
La première relation sexuelle ne reste pas un bon souvenir, cest la relation sentimentale qui vient par la suite qui marquera davantage. Elle arrive comme un souffle de soulagement.
Mais lorsque cela se passe dans le cadre dune relation sentimentale, le premier rapport sexuel est-il mieux vécu?
B. Les petites amies et les hommes de classe moyenne
Le vécu de cette relation sera complètement différent du cas précédent. La plupart des hommes qui sont dans ce cas appartiennent à la classe moyenne contrairement au cas précédent qui regroupait une majorité d´hommes venant des classes populaires. La relation nest plus froide et impersonnelle, elle reste un bon souvenir auquel on pense agréablement. Juan nous raconte: « lo recuerdo bien, no fuerte. Estaba muy joven. Fue cómodo. Si me recuerdo bien fue con mucho cariño pero no muy fuerte».
Avec les petites amies, on passe dans une autre catégorie, le respect envers sa partenaire est présent ainsi que lattirance physique. Le rapport nest plus individuel, on est en présence dune femme sujet qui partage les émotions. La tendresse est ce qui caractérise ce type de relation. Contrairement au sentiment de contrainte du premier cas avec les prostituées, ici les hommes insistent sur la simplicité et le désir de la relation. Malgré une certaine quiétude devant la possibilité de choisir quand arrivera le moment propice pour passer à lacte, contrairement aux hommes de classe populaire qui se trouvent comme pris au piège face à la prostituée ne leur laissant dautre choix que de franchir le pas, les instants qui précèdent lacte en lui-même sont aussi marqués par lappréhension. Citons Hernani: « Me sentía un poco confundido porque era la primera vez. No era un chamo acostumbrado a esto».
3. LES CONDITIONS DAVÈNEMENT DE LA PREMIÈRE RELATION SEXUELLE DES FEMMES
A. La nuit de noce et le mariage
Dans ce cas, la majorité des femmes de classe moyenne (ce qui n est pas le cas pour les classes populaires) ont eu leur premier rapport sexuel le jour de leur nuit de noce. Elles sont donc arrivées vierges et pures à leur mari comme lexige la morale sexuelle chrétienne.
Le poids de la morale sexuelle est toujours présent. Le fait de se donner vierge à son mariage rentre dans un rite de passage, dans une tradition à laquelle on ne peut échapper, plus quà un choix délibéré. Cest un don présumé damour que la femme fait à son époux. Elle lui sacrifie sa virginité pour quil soit le seul à la posséder. Une fois lacte sexuel effectué le mariage est consommé.
Ginger explique comment elle a vécu cette initiation sexuelle:
«Fue con mi primer esposo. Te diré, yo tenía la orientación, es verdad, pero cuando llegó la realidad no parecía tan satisfactorio como solían comentar. Era hasta cierto punto doloroso e incómodo también por el hecho del tabú, una cierta vergüenza con la pareja pero bueno, sí, un recuerdo como un ritual porque fue algo que digamos Tenía 22 años antes de casarme porque siempre traté de cuidarme, en ese momento era como lo tradicional dentro de la costumbre venezolana. Mucho más, antes, porque ahora somos más liberales, pero antes era lo tradicional o sea algo con más respeto».
Lacte sexuel est donc un passage obligé le soir du mariage. Les rôles sociaux et sexuels sont différents selon le sexe mais toujours aussi pesant.
Langoisse de linconnu est souvent plus forte que le désir réel de vivre cette relation. Unanimement les femmes appréhendent et éprouvent de la douleur lors du premier rapport. Toutes estiment que les fois daprès sont meilleures et permettent de shabituer au plaisir.
La satisfaction nest pas un des souvenirs. Elles se souviennent surtout de la douleur, de la peur ou encore de limportance que cette première relation représentait car elles devenaient des femmes mariées.
Lidée aussi de ne pas pouvoir faire autrement, de se trouver au pied du mur sans autre issue que daccepter cette relation car elle fait partie du rituel. Malgré un certain désir de découvrir et de se donner à leur mari, une appréhension est toujours présente. A travers lacte sexuel, elles appartiennent désormais à leur mari. Le sentiment dépanouissement personnel nexiste pas. Comme pour les hommes de classe populaire, cest un acte initiatique. Il faut passer par là pour ensuite accéder à son statut dhomme et de femme.
Dautres femmes ont vécu leur premier rapport avec un petit ami ou avec leur mari mais avant le mariage lont-elles mieux vécu puisquelles ont pu choisir quand il se passerait?
B. Les petits amis
Dans ce cas, la plupart de nos femmes qui ont connu un rapport sexuel avant le mariage, lont vécu avec le partenaire qui est devenu par la suite leur mari.
Être vierge pour son partenaire demeure une valeur importante et au moment de passer à lacte la jeune fille sait quelle transgresse une sorte de tabou ; citons le cas de Sol :
«Yo lo deseaba pero no nos atrevíamos por el embarazo y por la virginidad. Pero ese día no sé, no lo pensé, fue algo que me ayudó muchísimo.
Dans les récits de ces femmes, nous constatons quelles accentuent sur deux points: la peur de souffrir comme précédemment et la crainte de tomber enceinte.
Lissette confirme cet aspect qui apparaît constamment: la peur davoir mal entre autre «tenía miedo, tenía miedo que eso doliera» Mais cette peur de souffrir nest pas celle qui est le plus exprimée dans ce cas là.
Claudia déclare: «estaba asustada de quedar embarazada», ou Odeisi explique: «Fue en la casa de su mamá. Fue horrible, no sé, o sea, era la primera vez, me dolió. O sea, yo quería. La primera vez tenía miedo, me decía bueno tengo miedo de quedar embrazada. No tomaba la pastilla». Labsence de contraception est là aussi une généralité. Les femmes ne maîtrisent pas leur corps car elles nont jamais reçu dinformations sur la contraception. La plupart du temps parler de contraception les effraient car la contraception na pas toujours été acceptée par la morale sexuelle.
Le fait de tomber enceinte dans une situation de tabou, aurait des conséquences lourdes sur lacceptation de la femme dans la société pour la suite de sa vie. Une femme non mariée enceinte est une aberration contre nature ; lhistoire de Sol est exemplaire:
«No nos atrevíamos por el embarazo y por la virginidad. [...] Decía, vamos a ver, si sales embarazada, nos vamos a casar. No salí embarazada. Tenía la incomodidad, la cuestión y eso. La segunda vez salí embarazada. Nos casamos».
Les femmes se sentent menacées lors de cette relation car quelque part elles sont dans lillégalité, elles vivent un rapport avant le mariage. Le rejet social quelles peuvent subir si elles sont enceintes et que leur partenaire les abandonne est inéluctable. Cest pourquoi, contrairement au premier cas où les femmes connaissaient leur partenaire depuis peu, là elles prennent le temps de faire patienter lhomme.
En général ces unions ont débouché sur un mariage ou au moins du concubinage. Monica nous disait:
«Bueno A los 18 años con mi esposo. Todavía no era casada, me casé a los 19 años. Estuvo bien».
Le mariage est laboutissement espéré de ces femmes. Le fait daccepter davoir un rapport (car elles cèdent aux désirs de leur partenaire) est une sorte de don quelles font à leur petit ami pour accéder au mariage.
Mais ces relations sont-elles mieux vécues que les précédentes?
La relation sest bien passée car elle sinscrit dans un échange amoureux destiné à consolider le couple. La confiance est un des sentiments dominants chez les partenaires:
«La primera vez estuvo bien. La primera vez no fue cómoda pero después no me sentí mal. O quería. Tenía 15 años y él 21. Me llevó a la cama. Tenía fe en él. Pero después fue mejor», confie Janet
Malgré une douleur ou une gêne constante dans ces récits, la satisfaction du rapport lemporte dans le souvenir. Le plaisir nest pas un élément que ces femmes retiennent. Leur satisfaction provient de la relation amoureuse davantage que de la relation sexuelle. Sexuellement, toutes avouent que les relations suivantes sont plus agréables mais cette première fois reste importante car elle sest effectuée lors dun échange amoureux.
Les femmes sont donc dans lensemble satisfaites car il y avait de lamour et de la confiance. Les partenaires se respectaient et se désiraient. Lors de leur discours, on saperçoit quelles ressentent un bien-être.
4. SATISFACTION PERSONNELLE PLUS QUE PLAISIR RÉEL
Lacte sexuel a apporté à une grande partie de nos enquêtées une certaine satisfaction sur le plan personnel. Claudia raconte comment elle sest sentie après ce premier rapport sexuel:
«Lo que yo pensaba era: ahora nunca seré señorita, soy señora; me sentía a la vez bien y a la vez incómoda. Yo me sentía bien. Fue importante, era la primera vez. Es importante como primera vez».
Cette relation affirme la femme dans sa féminité, cest un rite de passage du monde des enfants au monde des adultes. Devenir une femme et affirmer sa masculinité sont deux des enjeux du premier rapport sexuel.
Leonardo confie: «fue mi primera vez. Es el primer paso a ser hombre y al deseo»
La réussite technique et la satisfaction que procure ce premier rapport confirme lhomme dans sa masculinité. Comme le suggérait Simmel, « lhomme est homme dans son rapport avec la femme» (SIMMEL, 1989).
5. DES PREMIÈRES FOIS HORS NORMES
Parfois, les premières fois ne se passent pas comme on la avait imaginé: inceste, viol, rapport forcé sont des réalités dont il faut tenir compte. Nous naborderons cependant pas cet aspect dans cet article car ce sujet mérite dêtre traité avec le sérieux qui lui revient.
Nous montrerons néanmoins avec le témoignage de cette femme que le premier rapport peut parfois se vivre avec violence et ressentiment.
Alejandra nous raconte:
«Tuve mi primera experiencia sexual a los 22 años, con un muchacho que estudiaba ingenieria. Yo no la quería, de hecho, al principio lo rechacé y no la disfruté en el sentido que, en general, una relación se disfruta. Después yo pensé que eso iba a ser algo que fortalecera mi relación y no fue así, de hecho, fue el prototipo del que lo haces y como se dice, indio comido, indio ido. Y me molestó mucho. El tenía 27 y se aprovechó de mí. Me sentí mal, mal, usada y traida y bueno Yo creo que esto me mareó porque no fue deseada, no fue disfrutada, ni fue valorada. Me molestó no tanto el dolor sino la molestia de algo que claro uno ve en las películas, ah ! qué bonito la entrega y no fue así».
Cette relation illustre bien le danger que représente lacte sexuel avant le mariage. Alors que lune croit fortifier sa relation, lautre voit la possibilité de posséder une femme sexuellement. La femme recherche un individu qui deviendra son compagnon, certains hommes recherchent la féminité peu importe la partenaire.
La première relation sexuelle est importante dans le sens où elle marque un individu puisquil sen souviendra toujours même si les détails sont atténués. Que le souvenir soit bon ou mauvais, le premier rapport sexuel est un rite de passage auquel on ne peut se soustraire si lon souhaite entrer dans la sexualité adulte et fonder une famille.
6. EBAUCHE DUNE CLASSIFICATION DES DIFFÉRENTES MANIÈRES DE VIVRE LA PREMIÈRE FOIS
Hormis des cas exceptionnels on peut classer les premiers rapports sexuels des Vénézuéliens en quatre catégories.
Premièrement, les hommes de classe populaire et leur premier rapport avec des initiatrices : les prostituées. Forme presque protocolaire de passage dans la sexualité adulte. Le sentiment dêtre face à un devoir à accomplir est omniprésent, lacte est vécu comme initiatique. Plus que des expressions de satisfaction, on note un certain déterminisme : cest un passage obligé pour saffirmer dans sa masculinité.
Deuxièmement, les hommes de classe moyenne qui réalisent cette expérience avec une petite amie dans le cadre dune relation sentimentale. Limpression générale est quil sagit dun acte damour et initiatique. Le rapport est moins froid et dépersonnalisé que le cas précédent, satisfaction et net sentiment de réussite sont très présents. La femme possédée est désirée et lattirance physique fait partie dun des éléments indispensables de la relation contrairement à ce qui se passe avec les prostituées.
Deux types de femmes se dessinent : la femme à respecter et respectueuse et la femme-putain. Dun côté, le foyer, lintimité et lintérieur, de lautre la rue, lextérieur le monde des hommes et des pulsions agressives.
Troisièmement, les femmes, dont la première fois sest réalisée le jour de leur mariage lors de leur nuit de noce. Majoritairement ce sont des femmes de classe moyenne. La morale sexuelle apparaît très ancrée et très lourde. La méconnaissance de leurs corps et la peur davoir mal sont des préoccupations majeures. Lacte initiatique est ici très fort car les femmes expriment cette expérience davantage comme un passage obligé et inéluctable que comme un choix délibéré. En effet, le mariage pour être consommé doit être suivi de lacte sexuel ; cela fait partie du contrat. Même si le mariage a été désiré parfois la relation sexuelle est perçue comme une contrainte. Le rapport sinscrit dans un don delles-mêmes à leurs maris plutôt que dans un échange réciproque de plaisir. La satisfaction est absente de leurs témoignages.
Et quatrièmement, les femmes, surtout de classe populaire, qui ont connu un petit ami. Le rapport est alors vécu comme une concrétisation et un renforcement du couple ; la relation sexuelle est un acte damour devant fortifier et prouver les sentiments réciproques afin daboutir éventuellement à un mariage. Les récits parlent de sentiments amoureux, de confiance plus que de peur. Le ressenti est douleur et plaisir. Pour la plupart ces partenaires deviendront leurs maris pour la suite.
CONCLUSION
Sexes confondus, les individus admettent que les fois qui ont suivi furent plus satisfaisantes. La contraception et la protection sont encore lacunaires et seules les femmes dont le rapport na pas eu lieu dans le cadre du mariage redoutent une grossesse. Entre acte initiatique et acte damour, le premier rapport sexuel est un souvenir controversé chez les individus interrogés. Certains ont cherché à leffacer de leur mémoire, dautres sen souviennent avec plaisir. De manière générale, les hommes le considèrent davantage comme un acte initiatique et technique tandis que les femmes cherchent à le lier à des sentiments.
Néanmoins, ce premier contact avec la sexualité adulte quil fût bon ou mauvais, désiré ou forcé, reste vivace dans les mémoires des individus.
Bibliographie
1. BOZON M. 1993. «lentrée dans la sexualité adulte. Le premier rapport et ses suites», in Population, INED, pp.1317-1352. Paris. [ Links ]
2. BOZON M., HEILBORN M.L. 1996. «Les caresses et les mots. Initiations amoureuses à Rio de Janeiro et à Paris», In Lamour, Terrain. Carnets du patrimoine ethnologique, n° 27. Ministère de la culture, pp. 37-58. Paris. [ Links ]
3. RODRIGUEZ MARTINEZ A.Y. 2000. «la perspectiva de género: un eje básico para la comprensión de la sexualidad y de los y las adolescentes», in La Ventana, revista de estudios de género, n.12, universidad de guadalajara, pp. 43-71. Mexico. [ Links ]
4. SIMMEL G. 1989. «la femme», in Philosophie de la modernité, Payot, Paris. [ Links ]
Nota
* Avance de la tesis doctoral en convenio de cotutela entre L´Université de Caen-Basse Normandie (LASAR) y la Universidad del Zulia, (Laboratorio de Antropología Social y Cultural). Tutor de tesis francés: Didier Le Gall. Tutora de tesis venezolana: Nelly García Gavidia.












