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EPISTEME
versión impresa ISSN 0798-4324
EPISTEME vol.31 no.2 caracas dic. 2011
Lespece humaine comme concessionnaire de notre planete1
Francisco Bravo
Universidad Central de Venezuela.
Bien que jai conservé le titre que le comité scientifique (des Entretiens de Paris, septembre 2010) a assigné à ma communication, je ne voudrais pas moccuper de lespèce humaine en premier lieu, quelle soit reine de la création ou concessionnaire de notre planète, comme semble le penser Cournot2, mais tout dabord de la planète. Et je ne voudrais pas la considérer comme un simple objet de droits, ainsi que le suggère la disjonction cournonienne, mais si paradoxal que ceci puisse paraître de prime abord comme sujet de droits, ainsi que postule la nouvelle Constitution de lÉquateur (nce), approuvée par référendum en 2008. Larrière-plan de mes considérations ne sera dailleurs pas seulement le danger dextinction des forêts, qui menaçait la France du xviiie siècle et qui faisait dire à Réaumur en 1721: linquiétude est générale sur le dépérissement des bois du Royaume et peut-être cette inquiétude nest-elle que trop fondée.3 Mes considérations auront comme arrière-plan la menace daltération de la planète dans son ensemble. En réalité, le phénomène du réchauffement global, accompagné du changement climatique et de toutes les mutations qui sen suivent, ne sont plus une simple menace, mais un processus en marche subi partout sur Terre. Devant l´inquiétant panorama qui nous entoure, les paroles de Jean-Baptiste Say prononcées en 1828, rattrapent lactualité: Il y a des gens qui craignent que le monde ne finisse par le feu; on doit plutôt craindre quil ne finisse faute de feu.4 Les deux craintes produisent, notamment chez ceux qui sont chargés de guider les autres, un sentiment détonnement parfois paralysant. Il serait souhaitable que cet étonnement (
) surmonte son étape dengourdissement et parvienne au rôle d origine de la philosophie (
), cest-à-dire dune nouvelle vision des choses, que Platon et Aristote lui assignent.6 Cest ce qui semble avoir eu lieu chez les auteurs de la nce, qui reconnaissent pour la première fois dans lhistoire universelle, au niveau constitutionnel, les droits de la nature. Sans prétendre être un bon connaisseur de ce document très récent, joserai analyser très brièvement les articles qui lui ont valu le titre de la Constitution la plus verte du monde.7 Mon analyse un tant soit peu hardie ne sera certainement pas une leçon, mais un témoignage très modeste et très partiel des attitudes de quelques pays latino-américains devant limpasse actuelle de notre planète. Dans cet examen, jessayerai détablir quelques connexions qui pourraient éventuellement aider à comprendre lesprit du texte constitutionnel; je signalerai aussi quelques problèmes quil soulève et je mettrai en relief sa contribution pour mieux aborder, non pour le résoudre, le problème des rapports entre lhomme et sa demeure.
1. La nouvelle constitution de lÉquateur: du droit de bien vivre (sumak kausai) aux droits de la Terre
Dès son préambule, la nce déclare être en train de célébrer la nature, la Pacha Mama, dont nous faisons partie et qui est vitale pour notre existence. En vue de ce fait originaire, elle se propose de construire pour les citoyens une nouvelle forme de vivre ensemble, en diversité et en harmonie avec la nature, de façon à atteindre le bien vivre, le sumak kausai . Et elle énonce à la suite un bon nombre darticles concernant lenvironnement. Ceux-ci sont structurés autour de deux axes fondamentaux: dun côté, les droits du bien vivre ou du sumak kausai8; dun autre côté, comme condition de possibilité des premiers, les droits de la nature ou Pacha Mama9
1.1. Les droits du bien vivre ou sumak kausay
Cet arrangement structurel des articles concernés montre que, pour la nce, les droits du bien vivre, propres à lhomme, ne sont pas indépendants des droits de la nature, mais une espèce de fonction de ceux-ci. Tel paraît être aussi le sens de larticle 14, qui représente la première prise de position écologique de ce document: on reconnaît le droit de la population à vivre dans un milieu sain et écologiquement équilibré, qui puisse garantir ce qui est durable et le bien vivre ou sumak kausai.10 Le caractère durable de la Terre et le bien vivre ou sumak kausai sont donc strictement corrélatifs.
Pour mieux comprendre cette corrélativité, il faut déterminer le sens des mots sumak kausay, qui reviennent comme un leitmotiv tout au long des articles de la nce. Cest en fait une des expressions les plus emblématiques de la culture kichua, pratiquement coextensive avec linca. Ainsi donc, pour la comprendre, il faut commencer par récupérer la cosmovisión des peuples et des nations indigènes.11 Il est évident que je ne peux pas le faire ici. Je me bornerai à enregistrer linterprétation quen donne le ministère de la Santé de lÉquateur.12 Pour lui, le sumak kausai représente ce qui est Beau, la vie en harmonie avec soi-même et avec la famille élargie (layllu); il est, en dautres termes, lintégration du sumak allpa, la bonne Terre, avec le runa yachay, la sagesse ancestrale des guérissseurs indiens . Ainsi caractérisé, le sumak kausai ne semble pas étranger au
ou vie bonne des Grecs, notamment dAristote13, déterminée elle aussi par la sagesse du
ou homme prudent. Il nest donc pas difficile de retrouver dans lexpression kichua sumak kausai lidée aristotélicienne d
a (bonheur) comme souverain bien de lhomme. Il est particulièrement significatif que la reconnaissance de ce souverain bien de lhomme individuel et social est le but fondamental de la nce; un but dont la déclaration est, dans lesprit des législateurs, une récupération des idéaux ancestraux de la culture aborigène. Lécrivain uruguayen Édouard Galeano a remarqué opportunément que ce nest pas par hasard que lAssemblée Constituante a commencé par identifier ses objectifs de renaissance nationale avec lidéal de vie du sumak kausai.15 Au nom de cet idéal, elle déclare dintérêt public la préservation de lenvironnement, la conservation des écosystèmes, la biodiversité et lintégrité du patrimoine génétique du pays, la prévention du dommage environnemental et la récupération des espaces naturels dégradés.16 Elle inaugure ainsi une écologie politique et exige une éthique de lenvironnement comme voie daccès au sumak kausai, que lhomme du xxie siècle ne peut atteindre quen communion avec la Terre, sa mère. Elle établit donc comme but (chapitre II du titre II), les droits du bien vivre: entre autres, leau et la nourriture (art. 12 et 13), dans le cadre dun milieu sain (art. 14 et 15). Daprès larticle 14 en particulier, on reconnaît le droit de la population à vivre dans un milieu sain et écologiquement équilibré qui puisse garantir la durabilité et le bien vivre, sumak kausai. Le régime du bien vivre est établi in extenso dans le titre VII de la nce, notamment dans le chapitre II de ce titre intitulé Bio-diversité et ressources naturelles (art. 395-415).
1.2. Les droits de la nature
1.2.1. Nature ou Pacha Mama
Or, les droits du bien vivre sont, jusquà un certain point, une fonction des droits de la nature ou Pacha Mama. Depuis le chapitre I du titre II, consacré aux Principes dapplication des droits, les législateurs établissent, dans larticle 10, que la nature sera sujet des droits que la Constitution lui aura reconnus. Les commentateurs ont souligné que cest la première fois dans lhistoire universelle17 que les droits de la nature ont été reconnus en tant que tels. Considérée jusquà présent comme pure source de ressources naturelles et de bonnes affaires écrit E. Galeano elle peut, suivant la loi, être grièvement blessée et même exterminée, sans que ses plaintes soient écoutées et sans que les normes juridiques empêchent limpunité de ses criminels. Ce sont les victimes humaines qui, dans le meilleur des cas, peuvent exiger une indemnisation plus ou moins symbolique, et ceci toujours après que lendommagement a été fait; mais les lois névitent et narrêtent pas les attentats contre la Terre, leau ou lair. Sopposant à cette histoire doublis, domissions et de méconnaissances, la nce établit les droits de la nature notamment dans trois de ses articles. Daprès larticle 71, la nature ou Pacha Mama, où la vie se reproduit et saccomplit, a le droit à ce quon respecte intégralement son existence aussi bien que lentretien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses fonctions et ses processus évolutifs.18
Le fondement de cette reconnaissance semble être que la nature est mère (Pacha Mama), et quelle est mère parce quen elle la vie se reproduit et saccomplit. En tant que mère, on lui reconnaît deux droits fondamentaux: (1) le droit à lexistence; (2) (quand celui-ci a été affecté) le droit à la régénération de ses cycles vitaux. Larticle 72 insiste sur le second de ces droits, en soutenant que celui-ci est indépendant de lobligation que lÉtat et les personnes naturelles ou juridiques ont dindemniser les individus ou les collectivités dépendant des systèmes naturels affectés. Larticle 73 apporte les moyens pour laccomplissement des droits (1) et (2): LÉtat appliquera des mesures de précaution et de restriction pour les activités pouvant conduire à lextinction des espèces, la destruction des écosytèmes ou laltération permanente des cycles naturels.
Laspect le plus important, dans la reconnaissance de ces droits, cest, sans doute, quelle inaugure un évident tournant vers le biocentrisme.19 Grâce à elle, en effet, la vie non seulement la vie humaine, mais la vie tout court devient le nouveau centre de lunivers. Lhomme comme tel perd son titre de roi de la création et on ne lui accorde même pas lautre un tant soit peu ambigu de concessionnaire dune planète. Sa vie, en effet, nest quune partie de la vie. Autrement dit, dans lesprit des législateurs équatoriens, lanthropocentrisme occidental qui, ainsi que la signalé Marija Gimbutas, a souvent été un pur androcentrisme,20 est remplacé par un biocentrisme qui ouvre les portes, non seulement à de nouvelles formes dévaluation de lenvironnement, mais aussi à une nouvelle vision des rapports entre lespèce humaine et notre planète. Il reste à déterminer le fondement de ce biocentrisme, récemment débattu par des auteurs comme Paul Davies.21 Lune des réponses qui pourrait appuyer la position des législateurs équatoriens est celle de Christian de Duve, qui conçoit la vie as a cosmic imperative,22 suggérant par là que le statut de centre dont la vie jouit ne tient pas dune divinité extérieure, mais des lois physiques de la nature.
Voyons, en effet, comment les législateurs équatoriens conçoivent le nouveau centre de lunivers. Ils commencent en lui donnant le nom de nature, un nom historiquement et philosophiquement lié à la physis grecque, qui est, daprès Platon, le principe générateur des choses primordiales (
).23 Mais tout de suite après, ils introduisent le nom kichua-aimara correspondant, à savoir Pacha Mama. Ce nom est traduit dhabitude par Terre mère24, une expression qui peut évoquer celle de la Terre notre mère employée par Platon dans les Lois25. Elle rappelle, dun autre côté, bon nombre dusages mythologiques, qui lapparentent avec dautres traditions et lui prêtent un cadre plus large. Dans la mythologie inca, Pacha Mama26 est la déesse de la fertilité et préside les semailles et les récoltes. Cest une divinité immédiate et quotidienne, qui agit directement et par présence, et avec qui on dialogue en permanence, en lui demandant le soutien et en lui offrant des excuses de fautes commises envers elle, cest-à-dire envers la Terre. Elle nest donc pas une divinité créatrice, mais pourvoyeuse et protectrice. Après la conquête de lAmérique par lEspagne catholique, Pacha Mama fut remplacée par la Vierge Marie, sans que les conquérants aient pu voir lincompatibilité entre ces deux personnages. La valeur de la virginité, privilégiée avec zèle par le catholicisme, na en effet aucune signification pour la culture kichua, qui reconnaît des institutions antérieures au mariage formel comme lIrpa-Sirse ou mariage à lessai, méconnaissant ainsi la valeur de la virginité. Le fait est que, dans les célébrations actuelles à la Vierge Marie, se cache toujours, dune manière ou dune autre, la présence de la Pacha Mama27, donnant lieu à un syncrétisme dissimulé par les uns et les autres.28 En nommant la Terre de son nom ancestral, la nce essaie de surmonter ce syncrétisme et de récupérer les traditions populaires dans toute leur pureté.
1.2.2. Pacha Mama et autres traditions concernant la Terre
Un aspect intéressant de cette tradition kichua-aimara est sa ressemblance avec dautres traditions mythologiques dans le monde. Et tout dabord avec celle qui se rapporte au culte de la déesse grecque Géa ou Gaya. Hésiode a décrit cette déesse comme lassise sûre à jamais offerte à tous les vivants.29 Certains anthropologues ont identifié Gaia avec la Terre Mère et lont considérée comme une évolution de la Grande Mère de lère pré-indo-européenne, de la Vieille Europe, comme lappelle Marija Gimbutas.30 En Anatolie (Turquie actuelle), elle correspond à Cybèle, en Grèce à Déméter et à Rome aux déesses Telus, la Magna Mater, identifiée avec la grecque Gaia, et Cérès, identifiée avec Déméter. Il ne serait pas ininteréssant de chercher sil y a une relation historique entre ces traditions et celle de la Pacha Mama, présente au Chili, en Bolivie, au Pérou, en Équateur et au Nord de lArgentine.31 On pourrait dire dès maintenant quil y a une ressemblance structurelle entre elles. La littérature philosophique, en tout cas, na pas été indifférente à une espèce délément commun aux différentes visions des peuples. Platon, en particulier, en jetant les bases de son État idéal, parle de la nécessité de convaincre les citoyens quils ont été formés et élevés dans le sein de la Terre et quaprès les avoir entièrement formés, la Terre, leur mère (
), les a mis au jour; que donc à présent ils doivent regarder la Terre quils habitent comme leur mère et leur nourrice (
), la défendre si on lattaque, et considérer les autres citoyens comme des frères, sortis comme eux du sein de la Terre.32 C. G. Jung a essayé dexpliquer luniversalité de cet imaginaire au moyen de sa théorie de la mère-archétype, qui serait, daprès lui, une partie de linconscient collectif des êtres humains.33
2. Un fondement possible de la nce: la Terre est-elle un organisme vivant?
Plus récemment, dans le monde scientifique, le terme mythologique Gaia, correspondant à lexpression kichua-aimara Pacha Mama, a été adopté comme nom dune hypothèse écologique, lhypothèse Gaia, créée comme réponse aux problèmes de lenvironnement. Il est probable que cette hypothèse ait eu une influence sur lesprit des législateurs équatoriens. Elle semble, en tout cas, un bon instrument pour expliquer aussi bien la tradition mythologique de la Terre mère que les articles écologiques de la nce, surtout larticle 71 selon lequel Pacha Mama (Gaia) est lêtre où la vie se produit et saccomplit. Lhypothèse Gaia (hg) a été formulée par le savant britannique James Lovelock dans les années 1960, lors de ses recherches, sollicitées par la nasa, concernant les méthodes pour détecter la vie sur Mars.34 Pendant ses recherches, il porta son attention sur les différences fondamentales entre les conditions atmosphériques de la Terre et celles des planètes qui lui sont le plus proches: dune part, une atmosphère terrestre avec un taux constant de 21% doxigène, 78% de nitrogène et 0,03% de dioxyde de carbone (C02); dautre part, une atmosphère martienne avec 95% de C02 et à peine 0,13% doxygène. Comment expliquer ces différences? La réponse de Lovelock a été lhg.35 Daprès celle-ci, la biosphère et les composants physiques de la Terre (atmosphère, criosphère, hydrosphère et lithosphère) se comportent comme un tout systématique où la vie, son composant caractéristique, auto-régularise les conditions qui lui sont propres et fait quelles se mantiennent en constante homéostase.36 Lhypothèse initiale, à tendance téléologique, a été que latmosphère se tient en homéostase par et en vue de la biosphère. Celle-ci exerce, en effet, un contrôle densemble sur la composition de latmosphère, la température de la surface terrestre et la salinité des océans, nécessaires pour son existence. Ainsi le montrent daprès Lovelock: (1) la constance de la température globale de la surface terrestre, malgré laccroissement de lénergie solaire; (2) la stabilité de la composition atmosphérique, en dépit des agents qui pourraient détruire son équilibre; (3) la consistance de la salinité de océans.37 Lovelock définit donc Gaia comme une entité complexe qui enveloppe la biosphère, latmosphère, les océans et le sol, en faisant de leur ensemble un système cybernétique en quête dun environnement physico-chimique optimal pour la vie. Le savant britannique publia son hypothèse au début des années 1970. Depuis 1971, la biologiste nord-américaine Lynn Margulis38 a été sa plus importante collaboratrice dans leffort de prouver lhg. Pour expliquer comment la vie peut maintenir ses conditions chimiques, par exemple, elle a démontré la capacité des micro-organismes pour transformer des gaz contenant du nitrogène, du soufre et du carbone. Pourtant, malgré les efforts de ces auteurs pour la faire connaître, lhypothèse Gaya est passée presque totalement inaperçue jusquen 1975. Cette année-là, grâce à un livre destiné à la faire connaître39, elle commença à attirer lattention des scientifiques et des critiques. On critica tout dabord son langage.40 Richard Dawkins, entre autres, sattaqua au premier paragraphe de Gaia: A New Look at Life on Earth, où Lovelock prétend que la quête de Gaia est le dessein de trouver lêtre vivant le plus grand sur Terre. Des prétentions de la sorte permettent de comprendre les railleries de bon nombre de savants à son égard. Lovelock reconnaît, de son côté, que même le nom grec de son hypothèse a pu faire croire quelle faisait partie dune religion néo-païenne. Mais une des principales critiques vise sa tendance téléologique. Son auteur semble avoir accepté cette objection et il a fait des efforts pour écarter tout semblant de téléologie. Dans aucun de nos écrits se défend-il nous nexprimons lidée que lauto-régulation planétaire est préméditée (purposeful) ou implique une prévision ou un plan de la part de la biota.41 Dautres critiques lui reprochent son langage éminemment métaphorique42 et réclament, entre autres choses, que soient signalés les mécanismes par lesquels lhoméostase du biome se produit. La réponse de Lovelock a été que de tels mécanismes ne seront jamais connus, que cette impossibilité arrivait aussi dans dautres domaines de la biologie et que les exigences particulières adressées à son hypothèse avaient des raisons politiques. Une autre des critiques a été que, si Gaia était un organisme vivant, elle devrait pouvoir se reproduire. Lovelock répond que ceci nest pas le seul critère de vie et il propose quon révise le concept de vie. Il ne sempêche pourtant pas de signaler que lexploration de lespace avancée par lhomme et lintérêt de celui-ci pour coloniser et même pour transformer dautres planètes prêtent quelque plausibilité à lidée que Gaia peut se reproduire.43 Les critiques, en tout cas, nont pas découragé Lovelock et ses collaborateurs, qui ont riposté en développant la simulation mathématique Daisyworld (le monde des marguerites44) et en proposant une série des congrès destinés à réviser lhg. Lors du premier de ces congrès, organisé par le climatologue Stephen Schneider45, James Kirchner critiqua limprécision de lhypothèse, soutenant que Lovelock navait pas présenté une, mais quatre hypothèses Gaia. Comme résultat de sa critique, on commença à distinguer une Gaia faible, éloignée de toute téléologie, et une Gaia forte, à tendance téléologique. La première est compatible avec la théorie darwinienne de lévolution, soutenant que Gaia est co-évolutive: les biota, écrit Lovelock, influencent leur environnement abiotique, et celui-ci à son tour influence les biota par un processus ajusté aux exigences darwiniennes.46 Cette nouvelle version de lhypothèse a été appelée influential Gaia (Gaya influante): daprès elle, toutes les formes de vie font partie dun seul être planétaire vivant. Gaia forte, appelée aussi optimizing Gaia, daprès laquelle la biota manipule lenvironnement en vue de créer des conditions qui lui soient favorables et même optimales47, sécarte de cette version. Il y a en fait plusieurs versions de Gaya forte. Par exemple, celle avant la lettre de Teilhard de Chardin, selon laquelle l´univers est le résultat dun processus dont les grandes étapes cosmogénèse, biogénèse, anthropogénèse, noogénèse, christogénèse ont comme but dernier ce quil appelle le point oméga.48 Ce sont des versions spéculatives (souvent mystiques) que Lovelock et ses collaborateurs séparent de Gaya faible, aspirant de plus en plus à donner à celle-ci le status de théorie scientifique.49 Lynn Margulis lui consacre les huit derniers chapitres de Symbiotic Planet50, soulignant que Gaia nest pas un organisme, mais une propriété issue de linteraction des organismes. Elle définit donc Gaia comme une série décosystèmes qui agissent entre eux et constituent un seul écosystème géant. Pour elle, la surface de la Terre se comporte, avec certaines limitations, comme un système physiologique. Elle accepte donc, avec Lovelock, que la Terre is best regarded as alive.
Les réussites de lhypothèse ont été analysées au deuxième congrès Gaia, tenu à lUniversité de Valencia (Espagne), en juin de lan 2000, et au troisième congrès Gaia, qui a eu lieu à lUniversité George Masson (Arlington). Lors de ce dernier, on laborda comme une voie pour faire face aux problèmes du changement climatique et de la destruction de lenvironnement. Elle fut considérée alors comme une géo-physiologie ou aussi comme une science du sytème Terre. Pour appuyer ses objectifs, la société Gaya pour la recherche et léducation dans la science du système Terre a été fondée. Enfin, la Déclaration dAmsterdam a constitué un nouveau signe de son acceptabilité scientifique. En effet, les sociétés scientifiques qui y sont représentées ont reconnu: (1) que le système Terre, composé déléments physiques, chimiques, biologiques et humains, se comporte comme un système individuel et auto-régulateur; (2) que les activités humaines influent de manières diverses et significatives. Dans son livre The Revenge of Gaia, J. Lovelock affirme que le manque de respect des hommes vis-à-vis de Gaya, lorsquils détruisent les forêts et la biodiversité planétaire, met en évidence sa capacité à minimiser, malgré tout, les effets de laugmentation des gaz à effet de serre que ces activités entraînent.51 Son ouvrage conclut sur un pronostic assez optimiste: Nous sommes sur le point de faire un saut évolutif et mon espoir est que notre espèce émerge plus forte quauparavant. Mais il serait un signe dhybris que dimaginer lespèce humaine telle quon la voit encore: comme si elle était la race élue de Dieu.52 Le recours âprement débattu à lénergie nucléaire serait, daprès lui, un des moyens pour éviter la catastrophe: selon Lovelock, only nuclear power can now halt global warming (2004).53
3. La Terre peut-elle avoir des droits?
La Terre, quelle soit un organisme vivant ou un écosytème géant, peut-elle avoir des droits, cest-à-dire des capacités et des privilèges pour faire ou exiger quelque chose, ainsi que le suppose la nce? Commençons par rappeler avec M. L. Pintos54 quen matière de droit, la culture occidentale a beaucoup changé. Il y a eu des époques où les droits étaient réservés seulement à certains individus (le roi, les aristocrates). Ce nest quau xviiie siècle que ces droits ont été étendus à tous les hommes. Même ainsi, il a fallu attendre un siècle pour que les femmes aient les mêmes droits que les hommes. Et beaucoup plus encore pour que les Noirs aient les mêmes droits que les Blancs. Le philosophe espagnol Jesús Mosterín a donc raison quand il affirme que les droits ne sont pas quelque chose de donné que nous nous limitons à découvrir. Au contraire, ce sont les peuples qui les créent, ayant recours à certaines conventions. Il y a pourtant certains critères pour le faire. Quels ont été les critères des législateurs équatoriens pour reconnaître des droits à la Terre? Le fait quils aient proclamé ceux-ci juste après avoir établi les droits du bien vivre ou sumak kausai permet de penser quils ont été inspirés par le principe utilitariste selon lequel il faut éviter la douleur et chercher le plaisir dans la mesure du possible, ou au moins quils ny ont pas été étrangers. Dans le cadre de ce principe, la question à poser pour savoir si x a des droits nest pas sil peut raisonner ou parler, mais sil peut souffrir et donc sentir, ce qui est imposible sans être vivant. La présence de la vie devrait donc être, selon Bentham et ceux qui sont daccord avec lui, le critère dernier pour décider si x a des droits. Or, daprès la nce, la Terre ou Pacha Mama est le lieu où la vie se produit et saccomplit. Elle est donc vie et source de vie et, en tant que telle, elle constitue la racine de tout droit.
Voici donc, en peu de mots, ce qui semble être le fondement55 des droits de la Terre, reconnus par la nce et appuyés dune certaine manière par lhypothèse Gaia. Cest aussi le fondement du biocentrisme inauguré par celle-ci, qui viendrait remplacer lanthropocentrisme androcentriste de la culture occidentale. Ce biocentrisme prône, pour ceux qui sont sujets de droits, un fond pré-rationnel qui est commun aux plantes, aux animaux et aux êtres humains. Ce fond commun nest autre que la vie, dont la caractéristique fondamentale à tous les niveax est lauto-dynamisme, excercé à partir dun corps et donc en contact permanent avec lentourage. Ainsi donc, dans cette nouvelle perspective, sujet de droit est tout ce qui vit. Autrement dit, être sujet de droit cest essentiellement vivre ( ) à partir dun corps et en contact permanent avec le monde vivant environnant, ayant à son égard un comportement réceptif et actif.56 La Terre est-elle sujet de droits dans ce sens? Cest ce que semblent supposer les auteurs de la nce et seraient portés à croire les défenseurs de lhypothèse Gaia. Cest ce que semblent croire aussi les organisateurs de la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre notre mère, qui eut lieu en Bolivie du 20 au 22 avril 2010. Une des propositions de cette conférence a été la Déclaration des droits universels de la Terre Mère. Le président de ce pays a déclaré à cette occasion qu il est à présent plus important de défendre les droits de la Terre Mère que de défendre les droits de lhomme, puisquen défendant les droits de la Terre Mère nous défendons en même temps les droits de lhomme.57 En cette même occasion, on parla aussi, en invoquant la nce, de la possibilité de constituer un tribunal international pour juger des délits contre la Terre Mère.58 On dirait donc que le xxie siècle sera marqué par la découverte et la revendication des droits des êtres vivants non humains.59
4. Des nouveaux rapports entre lespèce humaine et notre planète?
De ce qui précède paraît sensuivre, en tout cas au moins dans lesprit de la nce, que la Terre nest plus un simple objet, mais un vrai sujet de droits. Il se produit en conséquence un changement dans les termes des rapports entre lHomme et la Terre, et les rapports mêmes cessent dêtre une relation asymétrique entre un sujet dominant et un objet dominé, et devient une corrélation entre deux types de sujets. Cest sans doute en vue de ce changement crucial que le penseur brésilien Léonard Boff a récemment proposé au président de lOrganisation de Nations Unies, le nicaraguayen Michel DEscoto, quon reconnaisse un bien commun de lhumanité et de la Terre , semblable au bien commun dun État ou dune nation. Homme et Terre constituent, en effet, une seule et grande unité fondée sur une communauté de vie. Il sagit donc de leur garantir une destinée commune et déviter que la crise qui les affecte à présent se transforme en tragédie. Boff rappelle, à ce propos, en concordance avec la nce, que la quête fondamentale de lêtre humain est celle de la vie heureuse. Et il énonce ensuite le postulat le plus important de ce contrat social planétaire: produire durablement, distribuer équitablement, consommer solidairement, conserver jalousement.
Ce postulat impose le défi éthique de réinventer des nouvelles relations alternatives60 entre lHomme et la Terre. La première dentre elles doit être un rapport de respect à la Terre Mère et à chacun des membres du système, car tous ont une valeur intrinsèque. Cest la première exigence de la Lettre de la Terre61: Respecter la Terre et la vie dans toute sa diversité. Le deuxième rapport exigé est une relation de souci, née d une attitude amoureuse envers la réalité. Cest aussi la deuxième exigence de la Lettre de la Terre: Avoir soin de la communauté de la vie avec entendement, compassion et amour.62 Ce souci peut être éclairé par la Sorge de Heidegger, conçue par le philosophe allemand, tout dabord comme la disposition intrinsèque du Dasein ou existant humain concret63, et ensuite comme le lien entre celui-ci et le monde. Les attitudes qui composent cette disposition fondamentale sont, avant tout, la préoccupation pour la préservation de la vie, de lhumanité et de la Terre, suivie dune responsabilité universelle pour son accomplissement. Elles ont comme but dernier le bien vivre ou sumak kausai de la nce et exigent: (1) une éthique de la vie bonne, qui a sa source dinspiration la plus ancienne, en Occident, dans la philosophie morale de Platon et dAristote; (2) une éthique du souci, qui va, daprès la nce, au-delà de la
socratico-platonicienne64 et devient une
, ou souci de la vie. Se plaçant dans cette ligne de pensée, Léonard Boff croit qu il est urgent de passer du paradigme de la conquête [de la Terre] au paradigme du souci. Ce nouveau paradigme est en fait aussi ancestral que lunivers lui-même. Il a gagné en puissance lorsque la vie fit son apparition sur la Terre, et encore plus quand la vie humaine en surgit. Heidegger la abordé sur le plan ontologique, le définissant comme lêtre de lêtre-là65 et comme le lien fondamental de lhomme avec le monde. Pour éviter que cette définition puisse paraître étrange, il la introduite à laide dun témoignage pré-ontologique pris de la fable 220 de lesclave-philosophe Hygin66. Selon ce témoignage, analysé en détail par lauteur de Sein und Zeit, le premier à agir dans la formation de lhomme a été Souci (cura, Sorge), un dieu qui partagea cette tâche avec Jupiter et Tellus. Ainsi donc, le Dasein a pris lorigine de son être du Souci, et par ce fait, il est lui-même souci aussi bien dans son essence que dans son existence. Il doit en conséquence assumer cette éthique minime et universelle du souci comme principe de solution de limpasse du changement climatique et ses conséquences. Cette éthique minime du souci sera consolidée par (3) une éthique de la responsabilité, qui aidera les gouvernants et les gouvernés à faire du souci de la Terre Mère (Pacha Mama) leur tâche fondamentale. Ladhésion à une éthique du souci unie à une éthique de la responsabilité devrait être reconnue désormais comme la condition de possibilité.
Notas
1. Conferencia leída en el Congreso del Instituto Internacional de Filosofía, celebrado en París, del 14 al 18 de septiembre de 2010. Está siendo editada por la Livrerie Philosophique J. Vrin, Paris, como parte de una obra colectiva de miembros del IIP. Nuestro agradecimiento a la Ed. J. Vrin.
2. Cournot, A.A., Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernes, Paris, Vrin, 1872, p. 422.
3. De Réaumur, A., Réflexions sur létat des bois du royaume et sur les précautions quon pourrait prendre pour en empêcher le dépérissement et les mettre en valeur. Histoire de lAcadémie royale des sciences, 1721, pp. 284-285.
4. Say, J.B., Cours déconomie politique pratique (1828-1829), Bruxelles, Hauman, 1840, p. 122, cité par Vatin, F., Aménagement forestier et métaphysique économique (xviiie-xixe siècles). Le premier débat sur le développement durable.
5. Teet. 155 d3.
6. Met. 982 b 17. Cf. Heidegger, M., Was ist das die Philosophie, trad. Kostas Axelos et J. Beaufret, Paris, Gallimard, 1968, p. 32.
7. Cf. BBC, Mundo.com, 7.10.2008.
8. nce, Titre II, chap. II, section 2.
9. nce, Títre II, cap. VII.
10. nce, Titre II, cap. II, Section 2, art. 14.
11. Acosta, A., El buen vivir, una oportunidad para construir, Portal de economía solidaria. Cf. Aguirre, R., Cosmovisión andina: el paradigma de los opuestos complementarios, in http://galeon.hispavista.com/literaturarica/cosmoandina.htm; Elvira Luna, M., Cosmovisión andina en el relato Warma Kuyay de José María Arguedas, Georgetown University, Sincronía Primavera, 2002 (on line).
12. Ce ministère appuie sa proposition de médecine traditionnelle sur le concept de sumak kausai ou bien vivre ou vie bonne ou vie digne.
13. Cf. Aristote, Étique à Nicomaque I, 4, 1095 a 20.
14. Cf. én, II, 6, 1107 a 1-2.
15. Galeano, E., La naturaleza no es muda, Hebdomadaire, Brecha de Uruguay, 21.4.2008.
16. nce, art. 14. 17 Galeano, E., article cité. Cf. aussi Natalichio, R., La Naturaleza y sus derechos en la nueva Constitución de Ecuador. Un ejemplo a seguir, Ambiente y Sociedad N° 399, 6.8.2009.
18. Constitution 2008, Titre II (Droits), Chapitre VII (Droits de la Nature).
19. Gudyna, E., La ecología política del giro biocéntrico en la nueva Constitución del Ecuador, Revista de Estudios Sociales, N° 32, Bogota, abril 2009, p. 35.
20. Cf. Gimbutas, M., The Language of the Goddess, San Francisco, Harper, 1995.
21. Davies, P., Cosmic Jackpot: Why Our Universe Is Just Rigtht for Life, New York, Houghton Mifflin, 2007, pp. 261-262.
22. De Duve, C., Vital Dust. Life as a Cosmic Imperative, New York, Basic Books, 1995, p. 300. (Prix Nobel de biologie et de médecine en 1974),
23. Platon, Lois, 892c2-4.
24. Cf. Lira, J.A., Diccionario Kechwa-Español, Tucumán, Argentina.
25. Platon, Lois 958e3:
.
26. Cf. Diccionario de mitos y leyendas, une production de léquipe naya (www.naya.org. ar).
27. Cf. Merlino, R., Rabey, M., Resistencia y hegemonía: cultos locales y religión centralizada en los Andes del Sur, Rev. Allpanchis, N° 40, 1992, pp. 173-200.
28. Léquivalent mapuche de Pacha Mama est Ñuke Mapu (terre mère), bien que celle- ci ne soit pas considérée comme une déité, mais comme une représentation du monde mapuche. Cf. Chihua-Ilaf, A., Los mapuches en la sociedad chilena, Comité extérieur mapuche, France, 1982.
29. Cf. Hesíodo, Théogonie, 116:
.
30. Gimbutas, M., The Language of the Goddess, San Francisco, Harper, 1995.
31. Au Mexique, elle semble correspondre à la déesse aztèque Coatlicue.
32. République 414 d6- e6.
33. Cf. J. Galdós, S., et alii, De Moscovici a Jung: el arquetipo femenino y su iconografía, Madrid, Université Complutense.
34. Lovelock, J., A Physical Basis for Life Detection Experiments, Nature, N° 7, 1965, pp. 568-570.
35. Lovelock lui donna ce nom par suggestion de William Holding, prix Nobel de littérature en 1983.
36. Ensemble de phénomènes dautorégulation conduisant au maintien de la constance dans la composition et dans les proprietés du milieu interne dun organisme.
37. Autour de 3,4 % pendant très long temps. Cf. Volk, T., Toward a Future for Gaia Theory, Climatic Change 52, 2002, pp. 423-430.
38. Cf. Margulis, L., Symbiotic Planet: A New Look At Evolution, London, Weidenfeld & Nicolson, 1988; Houston, Basic Book, 1999; Una revolución en la evolución, Valencia, Universidad de Valencia, 2003; Lovelock, J., Margulis, L., et al., Implicaciones de la nueva biología, Ed. Cairos, 1989.
39. Lovelock, J., Gaia: A New Look at Life in Earth, Oxford, oup, 3a. 1979.
40. Cf. Rockets, R., Going Gaga over Gaia, Science A Gogo, 02. 02. 2007, 24. 02. 2010.
41. Lovelock, J., Scientists on Gaia, Cambridge, Mass., 1991.
42. Gould, S.J., Kropotkin was not crackpot, Natural History 106, pp. 12-21.
43. Lastronome Carl Sagan remarquait, de son côté, que, du point de vue cosmique, la planète a lair de quelquun qui sapprête à semer. Cf. Sagan, C., Agel, J., Cosmic Connection: an Extraterritorial Perspective, Anchor Press, 1973, (données empruntées à Wikipedia, the Free Encyclopedia).
44. Cf. A. Watson, A., Lovelock, J., Biological Homeostasis of the Global Environment: The Parable of Daisyworld, Tellus 35B, p. 286-289.
45. Cf. Turner, J., Lovelock and Gaia: Sings of Life, Incon Books, 2003.
46. Lovelock, J., The Ages of Gaia: A Biography of Our Living Earth, New York, Norton, 1995.
47. Lovelock, J., Margulis, L., Atmospheric Homeostasis by and for the biosphere. The Gaia Hypothesis, Tellus 26 (1974), pp. 2-10.
48. Cf. Bravo, F., La vision de lhistoire chez Teilhard de Chardin, Paris, Les Éditions du Cerf, 1970.
49. Cf. Turner, J., Schwartzman, D., Life, Temperature, and the Earth: The Selforganizing Biosphere, New York, Columbia u.p., 2002.
50. Margulis, L., Symbiotic Planet: A New Look at Evolution, London, Weidenfeld & Nicolson, 1998.
51. Lovelock, J., The Revenge of Gaia: Why the Earth Is Fighting Back, and How We Can Still Save Humanity, Santa Barbara, California, Allen Lane, 2007.
52. Une extension de lhypothèse Gaia en Amérique latine se trouve dans la Fondation Gaia, instituée en 1987 par le brésilien de famille allemande Jose Lutzenberger.
53. Lovelock fait partie du group Environmentalists for Nuclear Energy.
54. Pintos, M., Los derechos de todos los seres vivos a la luz de la fenomenología, Investigaciones Fenomenológicas IV, p. 101.
55. Fondementdans le sens de ce qui donne à quelque chose son existence ou sa raison dêtre (A. Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, puF, 1968, p. 364).
56. Pintos, M., Los derechos de cit., p. 111.
57. Journal La Jornada, 22.4.2010, p. 24. Interview de Naomi Klein à Evo Morales, 23.4.10.
58. Quelques jours après la communication de ce texte, lors des Entretiens de Paris, le gouvernement de lÉquateur s apprêtait à créer, aux Îles Galápagos, le premier tribunal des droits de la nature, ainsi que l´annonça PROJUSTICIA, une unité exécutrice adjointe au Ministère de la Justice et des Droits Humains (Cf. Diacrítico Ecuador, 28.09.10).
59. Pintos, M., Los derechos de cit., p. 103.
60. Boff, L., Derechos de la Tierra y Teología de la Liberación, Conférence pronnoncée à Madrid, .29.5.2007 (On line).
61. The Earth Charter (www.earthcharter.org) est un document produit par le Earth Council (p.o. Box 319-6100, San José, Costa Rica) et signé par quelques hautes personnalités scientifiques, artistiques et politiques. Elle met en relief les valeurs et le principes pour un futur durable (Cf. version du 24.03.2000).
62. Cf. Boff, L., Learning How to Care: Human Ethics and Compassion for Earth, 2000; Essential Care: An Ethics of Human Nature, Trad. Guilherme, A., 2008.
63. La Sorge est, daprès Heidegger, Das Sein des Daseins. Cf. Sein und Zeit, 1927, Tópico 41.
64. Cf. Platón, Apologie, 29e3, 30b1, 36c6.
65. Cf. trad. franç. deBoehm R., y de Waelhens, A., Paris, Gallimard, 1964, pp. 222 ss.
66. Heidegger signale que ce témoignage, traditionnellement répertorié comme la fable 220 dHygin, a été emprunté par lui dun ouvrage de Burdach, K., Faust und die Sorge, 1923.
Referencias bibliográficas
1. Cournot, A.A., Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernes, Paris, Vrin, 1872, p. 422. [ Links ]
2. Heidegger, M., Was ist das die Philosophie, trad. Kostas Axelos et J. Beaufret, Paris, Gallimard, 1968, p. 32. [ Links ]
3. Gudyna, E., La ecología política del giro biocéntrico en la nueva Constitución del Ecuador, Revista de Estudios Sociales, N° 32, Bogota, abril 2009, p. 35. [ Links ]
4. Gimbutas, M., The Language of the Goddess, San Francisco, Harper, 1995.












